25/07/2026
Villers-le-Lac → Le Vieux-Châteleu
16,9 km
+750 m / -319 m
J7 GRANDE TRAVERSÉE DU JURA
Que je n'aime pas dormir dans un camping. Charlotte est surexcitée dès le lever du jour et veut s'amuser, bouger, courir. Normal pour une petite fille de 18 mois. Problème : il fait très froid à l'extérieur et on est obligés de rester dans la tente, où Anaëlle aimerait dormir un peu plus, tout comme les voisins. Je n'ai pas trop envie de les réveiller, surtout le nazi dans la caravane d'à côté qui, hier, m'a confié tout naturellement : « Je vous le dis comme je le pense, mais ces gens-là (des voisins racisés qu'il n'aime pas), si ça ne tenait qu'à moi, je les mettrais dans un train pour Auschwitz. » Eh bien, ravi de faire votre connaissance, Monsieur Méchant.
Je pars squatter les chaleureuses toilettes où personne ne nous entend. J'occupe Charlotte comme je peux, mais je suis vite limité, surtout qu'elle veut toucher à tout : PQ, urinoir, brosse à chiottes, robinet. Il lui faudrait des jouets, en plus du poupon et des Lego qu'on porte. Dans les prochains jours, je vais essayer de récupérer une petite vache (elle adore les vaches) et une voiture miniature pour ne pas alourdir le sac.
On décolle sur les coups de 7 h 30, direction la France, pour 3 kilomètres de bitume. On ne va pas se plaindre, c'est la seule descente de la journée et le paysage est joli. À Villers-Le-Lac, Anaëlle s'occupe du shopping et revient avec un sac plus gros que le mien. 🤣 Heureusement qu'avant-hier, j'ai réexpédié, à contrecœur, quelques affaires par La Poste (gourde en inox, drone, trépied, topo-guide papier). 1,7 kilo de gagné. Ce n'est pas négligeable.
On prend un énorme petit déj', répartissons les denrées dans mon sac et, à 10 h, nous voilà partis pour enfin commencer cette journée de marche, ou plutôt devrais-je dire cette journée de grimpe.
Dès la première côte, les douleurs musculaires se font ressentir. J'ai ma cuisse qui montre des signes de faiblesse, comme un début de crampe. Buvons, mes enfants ! J'ai 4 litres d'eau sur le dos, profitons-en.
Avec Anaëlle, on a la pêche. Le chemin forestier, facile à suivre, nous permet d'avancer en toute détente. On traverse des champs de vaches françaises. La différence est flagrante avec les Suisses. Elles ont des cloches plus petites, allez savoir pourquoi. Sûrement un complexe d'infériorité des Suisses. 😆 Ce qui est sûr, c'est qu'elles en font un boucan. On aura droit à un concert suisse de ding-dong toute la nuit
Et le paysage ? Bah, des arbres, des longs, des grands, des rectilignes, des feuillus, des pins, des couchés qui barrent le sentier, des tronçonnés, des abattus, des empilés, des milliers d'arbres qui s'étirent vers la lumière et qui nous gardent au frais. Ça sent le sapin, et pas qu'un peu, c'est un délice pour le nez. On suit un vieux muret de pierres empilées que la mousse a envahi. On dirait un décor de cinéma tant le contraste est beau. Du gris grisant, du vert mousse, du marron marron, le tout baigné dans une lumière de conte de fées. Je m'attends à tout moment à voir des Hobbits.
Au bout d'une montée perpendiculaire pour le moins difficile, nous jouissons d'une vue panoramique sur toute la vallée. Partout, l'herbe habituellement verte a laissé place à une herbe jaunissante et sèche. Les vaches galèrent à manger, parole de bovin. À l'ombre, on étale le pique-nique. Charlotte s'essaye aux bâtons de randonnée. Elle intègre tout, c'est génial de la voir grandir chaque jour.
On repart. Ce n'est plus que du presque plat. Cela fait plus d'une heure que Spark nous suit au pied. On traverse des champs de vaches sans qu'il aille leur dire bonjour, il doit vraiment être fatigué.
À 17 h 30, les gourdes à sec, je demande à une nonagénaire arrosant ses fleurs si elle peut nous arroser, nous aussi. On discute. La pauvre dame a perdu son mari il y a peu et se retrouve seule dans son immense maison. Je n'ai pas hâte d'arriver à ce moment de la vie.
Las de marcher, on plante notre tente dans son jardin. On a même le droit de prendre une douche. Que ça fait du bien. Puis je lui rends un petit service en arrosant les plantes qu'elle ne peut atteindre avec son déambulateur. Elle ne cesse de me répéter à propos de notre aventure : « Ah, vous êtes admirables. » Je lui retourne le compliment. Merci, madame, pour votre bonté.
Total de la journée : 15,4 km pour 700 mètres de dénivelé. Pas mal.
À demain.
Rémi, Anaëlle, Charlotte et Spark